Musulmans & non-musulmans. Rencontres et expériences inédites

Laila AMAHJOUR, Vanessa DELLA PIANA et Véronique HERMAN, Musulmans & non-musulmans. Rencontres et expériences inédites. Préface de Felice DASSETTO.
Edit. CEFOC, Namur décembre 2015, 123 p.

Ce petit ouvrage raconte un certain nombre de relations entre musulmans et non-musulmans dans le cadre des changements profonds qui marquent la société multiculturelle d’aujourd’hui. Il s’agit d’activités et d’expériences de rencontres, vécues et menées par le Cefoc (Centre de formation Cardijn) et « Sagesse au Quotidien » (Association de femmes musulmanes). Ces deux associations belges travaillent déjà ensemble depuis plus de cinq années et veulent, par la formation qu’elles donnent, contribuer à construire « une société nouvelle, qui cherche la voie d’une cohabitation et qui réinvente des modes de vie commune au sein des grands bouleversements que l’on ne voit pas toujours, tant que nous y sommes immergés« , écrit le Prof. Felice Dassetto dans la Préface ( p. 11 ).

Ces rencontres analysent les possibilités, les difficultés, les questionnements et les cheminements au sein de ces groupes de formation en éducation permanente, et essaient ainsi de relever les défis contemporains, que posent aujourd’hui le vivre-ensemble réciproque et la cohésion sociale.

Les échanges, les critiques et les autocritiques, accomplis dans le respect de l’autre et la confiance mutuelle, demandent aux participants un grand travail sur soi, mais c’est, sans doute, la seule voie pour dépasser les controverses et arriver à une société interculturelle faite d’une cohabitation plus juste et plus fraternelle. C’est ensemble que ces hommes et ces femmes sont appelés à bâtir la société de demain.

Chacun des chapitres du texte s’ouvre sur des récits d’expériences, qui mettent en évidence des sources de tensions dans les rapports entre musulmans et non-musulmans. Ces tensions sont ensuite analysées et suivies par une réflexion ancrée dans le concret et le vécu de ces débats et enrichies par des apports plus théoriques.

Plusieurs sujets sont abordés. Ainsi le premier chapitre traite les questions de sens et de spiritualité. On part d’un photolangage sur les convictions . On discute sur les rites de prière quotidienne. On regarde un film sur le sens de la mort au Japon et ses rites. Enfin, on se rend ensemble en visite d’une mosquée et d’une église.

Le deuxième chapitre explore la tension entre un regard réducteur et un regard qui prend en compte la complexité et s’ouvre à autrui. Ainsi on échange sur le voile islamique, sur la sécularisation et l’identité de la personne.

Le troisième chapitre s’ attarde sur la tension, dans la prise en compte du vivre-ensemble, entre un modèle communautariste et une approche interculturelle. On analyse ainsi deux projets interculturels : un repas commun, projet qui provoque l’enthousiasme, mais quand il s’agit de décider si on va servir oui ou non du vin à table, on est loin d’une réponse commune (problème des interdits alimentaires); puis le projet d’une journée de réflexion et de débat sur le vivre-ensemble dans une commune.

Le dernier chapitre – en guise de conclusion – propose une série de réflexions quant à la manière d’aborder les défis et les conflits qui émergent dans les contacts et les rencontres entre musulmans et non-musulmans. En effet, la conflictualité est au cœur de ces démarches.

Les formateurs concluent : « Depuis une cinquantaine d’années, la présence numérique significative de l’islam dans l’espace européen et belge engendre de nouvelles relations entre les individus de culture et de religion musulmane et d’autres issus de l’histoire européenne plus ancienne. Il s’agit d’une nouveauté importante, pour les uns comme pour les autres » (p. 104). Il n’est pas étonnant que cette « nouveauté historique majeure » engendre frottements, tâtonnements et contradictions.

D’une part, on constate que des processus d’insertion, d’intégration et de mixité sont en cours, et c’est heureux et nécessaire. Mais d’autre part, il faut reconnaître que les dernières années une multitude d’éléments ont perturbé cette évolution, aussi bien du côté de l’islam que du côté de la mentalité et de la politique dans les pays européens. Ainsi l’islam est de plus en plus présenté comme un problème, une menace, engendrant l’angoisse et la peur.

Il faut, pourtant, résister absolument à l’affolement, à la peur et à l’exclusion réciproque. Il faut continuer à se rencontrer, à s’écouter et à travailler ensemble, car, individu ou peuple, on se construit avant tout par métissage.

L’étude se termine par un appel aux religions et aux associations pour qu’elles continuent à prendre des initiatives concrètes d’action commune s’adressant à l’ensemble de la société civile, pluraliste et sécularisée. et qu’elles cherchent à stimuler les consciences pour aller ensemble de l’avant et briser la défiance et la méfiance mutuelles. Entre-temps, dans le bouillonnement actuel, ces petits groupes de formation sont déjà comme des laboratoires d’un avenir meilleur.

Hugo Mertens.

Source : mafrwestafrica.net

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